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Les compétences de demain ne se forment pas seules. Elles se co-construisent. 

Le sujet des compétences est souvent abordé comme un enjeu d’adaptation. 
En réalité, nous sommes face à une transition structurelle

En Suisse, cette transition est déjà en cours. Près d’un tiers de la population active a aujourd’hui plus de 50 ans, et environ 1,1 million de personnes partiront à la retraite dans les dix prochaines années. Dans le même temps, les nouvelles générations ne suffisent pas à compenser ces départs. 

Concrètement, cela signifie deux choses : une tension croissante sur le marché du travail, mais surtout un risque de perte massive de savoirs critiques si leur transmission n’est pas organisée. 

À cela s’ajoute l’intégration rapide de l’IA dans les activités quotidiennes. Selon le World Economic Forum, 44 % des compétences actuelles évolueront d’ici 2027

Le défi n’est donc pas simplement de développer de nouvelles compétences. 
C’est de gérer une bascule entre deux systèmes

  1. Ce qui change réellement 

Les compétences techniques continuent d’évoluer rapidement. Mais le déplacement le plus profond concerne la manière de travailler. 

Ce qui devient déterminant aujourd’hui, c’est la capacité à apprendre en continu, à collaborer dans des environnements complexes et à prendre des décisions dans l’incertitude. Les compétences sociales — communication, feedback, coopération — ne sont plus un complément. Elles deviennent le socle qui permet aux autres compétences de produire de la valeur. 

Sans elles, ni l’IA, ni l’expertise, ni les processus ne suffisent. 

Mais ces compétences ne se développent pas indépendamment du cadre de travail. 

Certaines organisations évoluent vers des modes de fonctionnement plus agiles, structurés autour d’équipes projets proches des besoins clients. Ces configurations favorisent la coopération, l’ajustement continu et l’apprentissage en situation réelle. D’autres conservent des structures différentes, adaptées à leurs contraintes. 

L’enjeu n’est donc pas de promouvoir un modèle unique, mais de concevoir une organisation du travail cohérente selon les objectifs, le contexte et la maturité de chaque entreprise

  1. Organiser la transition côté entreprise 

Beaucoup d’organisations sont encore en réaction. Peu structurent réellement la transition. 

Dans un mandat récent de développement organisationnel, une entreprise devait fusionner deux équipes avec des cultures, des pratiques et des modes de fonctionnement différents. L’enjeu n’était pas uniquement structurel, mais profondément humain : créer une équipe cohérente, capable de travailler ensemble rapidement, tout en assurant la continuité de l’activité. 

Plutôt que d’imposer un fonctionnement cible, le travail a consisté à mobiliser l’intelligence collective pour co-construire les bases de cette nouvelle équipe : clarifier les rôles, définir les modes de collaboration, identifier les comportements attendus et anticiper les points de friction. 

Ce processus a permis non seulement d’accélérer l’alignement, mais surtout de renforcer l’adhésion et l’engagement dans la transition. Les équipes ne subissaient plus le changement : elles en devenaient actrices. 

Ce type de situation illustre un point clé : dans des contextes de transformation, la question n’est pas seulement quoi changer, mais comment embarquer les équipes dans ce changement. 

C’est précisément là que se situe le positionnement de Teams Up : 
préparer les équipes d’aujourd’hui à accueillir celles de demain, en construisant avec elles des modes de fonctionnement adaptés à leur réalité et en s’appuyant sur la co-création pour sécuriser les phases de transition. 

  1. IA : un accélérateur, pas une solution 

L’IA transforme les outils, mais elle ne remplace pas la capacité à les intégrer intelligemment. Selon le McKinsey & Company, jusqu’à 30 % des tâches pourraient être automatisées d’ici 2030

Ces transformations s’intègrent d’autant mieux lorsque les équipes sont capables de collaborer, de tester et d’ajuster leurs pratiques. Là encore, ce n’est pas uniquement une question de technologie, mais de capacité collective à évoluer. 

La question devient alors : 
sommes-nous prêts, en tant qu’organisation, à travailler différemment avec ces outils ? 

  1. Le rôle des autorités : préparer en amont 

Les entreprises ne peuvent pas porter seules cette transformation. Le système éducatif joue un rôle déterminant, mais reste encore largement structuré autour de savoirs stables. 

Or, le monde du travail demande désormais autre chose : 
capacité d’adaptation, collaboration, pensée critique. 

Préparer les générations futures implique de développer des approches plus actives, plus interdisciplinaires et plus connectées à la réalité du travail. Cela suppose aussi de reconnaître les compétences sociales comme des compétences à part entière. 

Sans cette évolution, le risque est de former des profils en décalage avec les besoins réels. 

  1. Conclusion : une question d’alignement… et d’adaptation 

La transition des compétences ne se résume pas à la formation. Elle repose sur un alignement entre les entreprises, les individus et les institutions — mais aussi sur la capacité à adapter les modes de fonctionnement aux réalités du terrain. 

Il n’existe pas de modèle unique. 
Mais il existe une constante : les organisations qui apprennent, qui impliquent leurs équipes et qui ajustent leurs pratiques sont celles qui traversent le mieux ces transitions. 

A person holding a smart phone in their hand

IA et nouveau contrat social : Pourquoi les dirigeants doivent repenser leur responsabilité 

L’intelligence artificielle n’est pas une innovation technologique supplémentaire. Elle constitue une transformation structurelle du travail, comparable à la mécanisation industrielle — à une différence près : cette fois, ce sont les fonctions cognitives, analytiques et managériales qui sont concernées. 

Pour les dirigeants et les responsables RH, l’enjeu dépasse la modernisation des outils. Il touche au fondement même du contrat social au sein de l’organisation. 

1. Une rupture économique silencieuse : croissance sans emploi 

Pendant des décennies, un principe implicite structurait les politiques publiques et les stratégies d’entreprise : la croissance économique crée de l’emploi. La corrélation négative entre PIB et chômage (loi d’Okun) semblait relativement stable. 

Aujourd’hui, cette relation se fragilise. De nombreuses économies connaissent des phases de croissance accompagnées d’une stagnation, voire d’une augmentation du chômage. Les gains de productivité, désormais accélérés par le numérique et l’IA, ne se traduisent plus mécaniquement par une création nette d’emplois. 

Autrement dit : la performance économique ne garantit plus la sécurité professionnelle. 

Ce constat modifie profondément l’équilibre implicite qui liait l’organisation et ses collaborateurs. Si la croissance ne protège plus l’emploi, la légitimité organisationnelle ne peut plus reposer uniquement sur la performance financière. 

2. Ce que le travail garantissait — et ce qui change 

Historiquement, l’emploi assurait trois fonctions fondamentales : 

  • Une sécurité économique 
  • Une intégration sociale 
  • Une identité professionnelle 

Le contrat implicite était clair : en échange du temps, de la loyauté et de la performance, l’organisation offrait stabilité et protection. 

Avec l’IA, cet équilibre évolue. La stabilité du poste laisse place à l’exigence d’adaptabilité permanente. Les salariés qualifiés eux-mêmes — cadres, experts, professions intellectuelles — expriment désormais des inquiétudes quant à leur pertinence future. 

Le contrat social glisse progressivement de : 

« Votre poste est sécurisé » 

vers 

« Votre capacité d’évolution est soutenue » 

Ce glissement n’est pas anodin. Il redéfinit la responsabilité de l’organisation. 

3. Le risque du solutionnisme technologique 

L’IA prolonge une tradition managériale centrée sur l’optimisation. Automatiser, accélérer, rationaliser : la logique paraît évidente. 

Mais une transformation réduite à une équation de productivité comporte un risque stratégique. Lorsque l’IA est utilisée exclusivement comme levier de réduction des coûts : 

  • La confiance interne se fragilise 
  • L’engagement diminue 
  • Les talents deviennent plus mobiles 
  • La réputation employeur se détériore 

La performance à court terme peut s’améliorer, mais la soutenabilité à long terme s’affaiblit. 

L’enjeu n’est pas d’opposer technologie et humanisme. Il est de reconnaître que l’optimisation ne peut constituer l’unique horizon stratégique. 

4. Reskilling et upskilling : un impératif structurel 

Former à l’usage des outils d’IA ne suffit pas. L’enjeu est de repenser l’architecture des compétences. 

Deux dynamiques doivent être distinguées : 

  1. Upskilling : renforcer la complémentarité humain–IA 

Il s’agit d’approfondir et d’élargir les compétences existantes pour travailler efficacement avec les systèmes d’IA. 

Les priorités incluent : 

  • Pensée analytique et créative 
  • Culture data et compréhension des systèmes technologiques 
  • Leadership et influence sociale 
  • Résilience, curiosité et apprentissage continu 

L’objectif est d’augmenter la valeur humaine dans un environnement technologique. 

  1. Reskilling : organiser la mobilité structurelle 

Le reskilling devient nécessaire lorsque des blocs de tâches disparaissent ou se transforment profondément. 

Il suppose : 

  • L’identification des rôles partiellement automatisables 
  • La cartographie des compétences transférables 
  • La création de passerelles internes vers des fonctions émergentes 

Le reskilling ne constitue pas une réponse défensive à la disruption. Il représente une refonte structurelle des capacités organisationnelles. 

Cette transformation dépasse les frontières d’une entreprise isolée. Aucune organisation ne peut absorber seule les coûts d’une transition massive des compétences. L’enjeu est systémique. 

5. Pourquoi chaque organisation doit jouer son rôle 

Beaucoup d’entreprises comptent implicitement sur le marché du travail pour fournir les compétences dont elles auront besoin demain. 

Cette stratégie est fragile. 

Si toutes les organisations sous-investissent dans le développement des compétences en espérant que d’autres assument l’effort, le résultat sera : 

  • Une pénurie structurelle de talents 
  • Une inflation salariale sur les profils rares 
  • Une dépendance accrue au recrutement externe 
  • Une instabilité organisationnelle chronique 

Le vivier de compétences ne se renouvelle pas spontanément. 

Chaque organisation bénéficie d’un écosystème de talents. Chaque organisation a donc intérêt à contribuer à son renouvellement. La responsabilité est collective, mais les conséquences sont supportées individuellement. 

Sous-investir aujourd’hui, c’est compromettre sa capacité de recrutement demain. 

6. Le rôle stratégique des RH 

Dans ce contexte, la fonction RH ne peut rester centrée sur la conformité administrative ou la gestion des coûts. 

Elle devient architecte du nouveau contrat social. 

Ses priorités doivent inclure : 

  • La redéfinition des référentiels de compétences autour de l’adaptabilité 
  • L’intégration d’une gouvernance éthique de l’IA 
  • Le développement de la mobilité interne 
  • La formalisation de l’employabilité comme responsabilité partagée 

La transformation IA est avant tout une transformation des capacités humaines. 

Si la fonction RH reste cantonnée à une logique de réduction de la masse salariale, elle deviendra marginale dans une transition où l’enjeu central est précisément l’investissement dans les compétences. 

7. Redéfinir la performance 

L’efficacité demeure nécessaire. Mais elle est insuffisante. 

Dans un contexte d’IA, la performance doit être évaluée selon trois dimensions complémentaires : 

  • La viabilité économique 
  • Le développement des capacités humaines 
  • La légitimité sociale 

Une organisation qui optimise ses coûts tout en fragilisant la sécurité professionnelle et la confiance interne affaiblit sa propre soutenabilité. 

La légitimité sociale ne relève pas d’un discours moral. Elle conditionne la capacité à attirer des talents, à maintenir l’engagement et à éviter des tensions réglementaires ou réputationnelles. 

8. Le nouveau contrat social : une décision stratégique 

L’intégration de l’IA ne pose pas uniquement une question technologique. Elle pose une question de légitimité : 

Pourquoi les collaborateurs accepteraient-ils l’autorité organisationnelle si celle-ci ne garantit plus ni stabilité ni développement ? 

Le nouveau contrat social ne se décrète pas. Il se construit par : 

  • Des investissements cohérents et visibles dans les compétences 
  • Une transparence sur l’usage de l’IA 
  • Une redistribution des gains de productivité sous forme de développement des capacités 

Les organisations qui réussiront cette transition ne seront pas seulement les plus avancées technologiquement. 

Ce seront celles qui auront compris que, dans l’économie de l’IA, la compétitivité dépend autant de la qualité du contrat social que de la puissance des algorithmes. 

L’enjeu n’est pas simplement d’adopter l’IA. 
Il est de décider quel type d’organisation nous voulons devenir dans un monde où la technologie transforme en profondeur la nature du travail. 

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